Le seul gène associé au névrosisme chez 63 661 personnes n'a pas été répliqué
Une vaste étude de génétique de la personnalité a trouvé un variant significatif à l'échelle du génome — puis n'a pas réussi à le confirmer dans un échantillon indépendant. Ce qui a survécu est plus intéressant que le résultat annoncé.
Un questionnaire vous demande si vous vous sentez souvent tendu, si vous vous inquiétez, si votre humeur change facilement. Vous cochez des cases. Soixante-trois mille autres personnes cochent les mêmes.
Voilà la matière première de la génétique de la personnalité. C'est ce que le Genetics of Personality Consortium a réuni sur 30 cohortes — 63 661 participants pour l'analyse de découverte, plus un échantillon de réplication indépendant de 9 786 personnes (de Moor et al., JAMA Psychiatry, 2015, PMID : 25993607).
Ils en ont trouvé un. rs35855737, dans le gène MAGI1 sur le chromosome 3, à p = 9,26 × 10⁻⁹.
Puis ils ont tenté de le répliquer, et cela n'a pas fonctionné. Dans l'échantillon indépendant : p = 0,32.
Pourquoi l'article le publie quand même
C'est la partie admirable. Le résultat restait significatif à l'échelle du génome dans une méta-analyse des 30 cohortes (p = 2,38 × 10⁻⁸), et les auteurs ont publié l'échec de réplication à côté du résultat plutôt que de s'appuyer discrètement sur le chiffre combiné.
Voilà à quoi ressemble un résultat honnête quand il est incertain. La plupart des associations à variant unique pour les traits de personnalité ont connu le même sort. La position raisonnable aujourd'hui : aucun variant isolé n'a d'effet important et reproductible sur le névrosisme.
Ce qui a tenu
Deux choses, et elles constituent le fond de l'article.
Les variants génétiques communs expliquent environ 15 % de la variance du névrosisme. Pas un gène — l'agrégat de nombreux variants communs répartis sur le génome. C'est réel, mesurable, et bien en deçà des ~40 % que rapportent généralement les études de jumeaux pour les traits de personnalité.
Les scores polygéniques prédisaient à la fois le névrosisme et le trouble dépressif majeur dans des cohortes non utilisées pour les construire. Le même signal génétique qui suit le trait de personnalité suit aussi le risque de dépression, ce qui plaide pour une base biologique partagée.
MAGI1 n'est d'ailleurs pas un gène quelconque : il avait déjà été associé au trouble bipolaire et à la schizophrénie, ce qui concorde avec le recouvrement observé dans l'analyse polygénique.
Lire honnêtement un résultat de personnalité
Le névrosisme se mesure par questionnaire. C'est un construit psychologique stable et bien validé, et c'est aussi une auto-évaluation, sensible à l'humeur du jour, à la culture, et à la façon dont chacun interprète les questions.
Un score génétique pour un tel trait est une position statistique, à plusieurs pas de ce que l'on reconnaîtrait comme une personnalité. Il ne dit pas si quelqu'un est anxieux, résilient, difficile ou serein, et ne prédit rien sur la manière dont une personne réagira à ce qui lui arrive.
Ce que rapporte l'application
L'application Neuroticism applique les résultats de cette littérature à votre génotype et vous indique où vous vous situez parmi les participants de l'étude — c'est-à-dire la position qui aurait été la vôtre si vous aviez participé à ces travaux.
Ce cadrage compte ici plus qu'ailleurs. Un score de personnalité n'est pas une description de votre caractère : c'est une position dans le jeu de données de quelqu'un d'autre, sur un trait mesuré par questionnaire, à partir de variants qui, pris isolément, n'expliquent presque rien.